vallee culture: Expo Mongolie AK Nov 2011

Patrimoine

Voyage dans la Mongolie d’Albert-Kahn

Ourga, Mongolie indépendante, Stéphane Passet, 23 juillet 1913©Musée Albert-Kahn - Département des Hauts-de-Seine,

« La Mongolie entre deux ères. 1912-1913 » est l'exposition évènement du musée Albert-Kahn. A voir jusqu'en septembre 2012.

 

Ces premières photographies – des autochromes du fonds du musée Albert-Kahn - du pays des steppes réalisées par les opérateur du banquier philanthrope Albert Kahn en 1912-1913 dans le cadre des Archives de la Planète sont un témoignage exceptionnel qui recense similitudes et différences entre la vingtaine de peuplades nomades réparties sur ce territoire, des Bouriates de Sibérie aux Tchakhars de Mongolie-Intérieure jusqu’aux nomades du désert de Gobi. Les populations partagent un même mode de vie : habitation démontable (yourte), omniprésence du cheval, nomadisme pastoral afin d’assurer leur autarcie. Chaque famille possède un troupeau composé de différentes espèces dictant le choix des campements. Pour tous, croyances et pratiques funéraires concilient chamanisme et religion bouddhiste tibétaine, les lieux sacrés,  ovoo (empilements de pierre), sont habités par les esprits. Les différences se signalent par la tradition vestimentaire où tout est codifié : formes, couleurs, broderies mais aussi bijoux, coiffure, chapeau (100 modèles différents). Ainsi, l’appartenance à tel clan ou groupe est lisible, tout comme le statut marital ou social.
Les premiers monastères mongols étaient itinérants et suivaient les déplacements des princes nomades dont ils dépendaient. Fondé en 1651 par le 1er « Bogd gegeen », le grand monastère s’est déplacé 28 fois pendant 150 ans, avant de se fixer à Ourga qui devient une ville. Le mot « grand monastère » est à l’origine du nom mongol de la ville,  Ikh khüree, les habitants se réfèrent aussi au mot « palais », en mongol Örgöö. Prononcé à la russe, Ourga deviendra le nom de la capitale spirituelle et temporelle de la Mongolie-Extérieure. Pour les Archives de la Planète, Stéphane Passet photographie le grand monastère de Gandan, les lamas (moines) installés dans des yourtes organisées par quartiers. Il montre l’alignement des vingt-huit stupas blancs (aujourd’hui détruits) qui marquent les limites de Gandan et souligne leur importance : les stupas, représentations symboliques du bouddhisme, contiennent des reliques autour desquelles les fidèles tournent, suivant la course du soleil, en s’accompagnant de moulins à prières.

Ourga, palais-monastère

En 1911, le 8ème « Bogd gegeen » (le plus haut représentant du bouddhisme en Mongolie), est désigné comme chef politique du pays et fait du Palais Jaune son lieu de résidence. La ville compte environ 20.000 habitants dont la moitié sont des lamas. Un plan réalisé en 1912 par le peintre mongol Jügder, permet de localiser les bâtiments immortalisés par Passet. L’implantation d’Ourga en forme de U apparaît nettement : au centre le Palais Jaune, d’un côté le monastère de Gandan, de l’autre le quartier chinois, zone de commerce. La périphérie de la ville ressemble à un campement composé de yourtes, aux dimensions et décors parfois somptueux, et de temples démontables en bois et feutre. Les monuments de l’architecture mongole mêlent les emprunts aux esthétiques chinoises, tibétaines et mongoles (autels, païluur ou portiques à trois arches…). Le Palais Jaune, vaste complexe architectural comprenant des bâtiments palatiaux et monastiques, émerge de l’enceinte interdite aux étrangers. La couleur jaune du Palais fait référence au bouddhisme et à l’école d’origine tibétaine. Passet photographie les habitants, révélant l’étonnante mosaïque des populations mongoles (dignitaire religieux, femme à cheval, groupes de soldats cosaques et mongols, lamas, khalkhas…) et la hiérarchisation de la société. À son sommet, une aristocratie laïque et ecclésiastique concentre pouvoir et richesse s’ensuivent les lamas, le bas clergé (novices), les éleveurs, artisans, commerçants, shavis (serfs) et quelques esclaves.

Une terre d’explorations
Mais l’exposition ne se limite pas aux autochromes. Dès le XIIIème siècle, diplomates et religieux sont envoyés en Mongolie par le pape et le roi de France ce dont témoignent documents des Archives et de la Bibliothèque nationale. Une reproduction pittoresque du Livre des Merveilles de Marco Polo évoque son séjour de seize ans à la cour du khan Khubilaï. Le XVIIIème siècle sera celui des grandes expéditions scientifiques européennes en Mongolie. En 1850, le père missionnaire Évariste Huc publie son voyage et en 1909, la mission hivernale conduite par le commandant Bouillane de Lacoste traverse la Mongolie. Ses photographies en noir et blanc (conservées au musée Guimet), sont placées, dans l’exposition du MAK, en contrepoint des prises de vues de Passet. Une histoire toujours en cours : depuis 1993, une mission archéologique française fouille les tombes princières des Xiongnu (l’âge de fer), les objets d’apparat retrouvés sont conservés en Mongolie mais ceux, comparables, rapportés par les savants de la « Croisière Jaune », la mission scientifique imaginée par André Citrën en 1931-1932, figurent à l’exposition.

Forte des récits des différentes missions en Mongolie, pays des confins du monde, l’exposition du musée Albert-Kahn aurait presque un parfum d’aventure. Les autochromes de Passet livrent un moment clé de l’histoire de l’ancien empire mongol et fondent les bases d’une réflexion sur le destin de la Mongolie, broyée par l’Histoire au cours du XXème siècle…

Alix Saint-Martin

En savoir plus

Albert-Kahn, musée et jardins
10-14, rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt
Tel : 01 55 19 28 00

http://albert-kahn.hauts-de-seine.net/

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