Théâtre
Saison 2011-2012
Les théâtres du département ont annoncé la couleur. La saison 2011-2012 est merveilleusement pimentée.
«Le théâtre ne reflète pas seulement la vie d’une époque, en se renouvelant, il contribue à la renouveler». Signé Jean Dasté, figure marquante de l’histoire du théâtre hexagonal, le propos flotte dans l’air du temps et peut servir de trait d’union aux différentes programmations de la nouvelle saison théâtrale dans le département. Les moments forts de 2011/2012, souvent des créations, se veulent partout stimulants et éclairants. A commencer par les deux pièces mises en ouverture dans les deux Centres dramatiques nationaux. A Nanterre-Amandiers, le directeur et metteur en scène Jean-Louis Martinelli, poussé par les événements à accélérer la gestation d’un projet qu’il portait depuis quelques années déjà , monte "J’aurais voulu être égyptien" (lire la critique),  adaptation d'un roman polyphonique et prémonitoire des récents événements qui ont bouleversé l’Égypte, Chicago, d’Alaa El Aswany. À Gennevilliers, Clôture de l’amour, la nouvelle pièce de Pascal Rambert, directeur du Centre dramatique national de création contemporaine, est de l’ordre de l’intime. Un couple solde son histoire. Deux monologues se substituent au dialogue. Le divorce prend dramatiquement forme dans cette espèce « de danse mentale » à laquelle le metteur en scène entend donner corps.Â
Des créations mordantes
Du mondial au local, de l’extériorité à l’intériorité, l’ambition d’éclairer le monde contemporain et d’éveiller les consciences prend, sur le plateau de la Scène nationale des Gémeaux à Sceaux, le chemin de la fiction historique. Le directeur du Centre dramatique national d’Orléans, Arthur Nauzyciel, est invité mi-février à présenter son spectacle créé cet été pour le festival d’Avignon Jan Karski adapté du roman de Yannick Haenel. Par delà la polémique dont l’œuvre a fait l’objet, le metteur en scène interroge : « Qu’est ce que ma génération peut tenter, inventer, proposer ? Quelles formes artistiques peuvent naître de ce questionnement relatif au judéocide, à sa transmission, alors que les survivants disparaissent, pour éviter l’écueil de l’adoption d’un point de vue conventionnel voire absolutiste sur la Shoah et ses modes de représentation ? ». A Malakoff, au théâtre 71, la première programmation de Pierre-François Roussillon, le successeur de Pierre Ascaride, affiche Sous la glace début novembre. La pièce signée Falk Richter, auteur associé à la prestigieuse Schaubühne berlinoise, dramaturge connu pour son humour décapant, s’attaque férocement à l’idéologie de l’efficacité. Programmée à la fois au théâtre Jean-Arp à Clamart et au théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Le Suicidé, une farce noire, mordante comédie russe interdite par la censure stalinienne, interrogeant les dérives de l’opinion publique, est dans la veine. Comme cette autre farce sociale cruelle, Ma Chambre Froide née sous la plume de Joël Pommerat, qui, de concert avec le metteur en scène Cristoph Werner, renouvelle le genre théâtral en se jouant de la dualité créateur/créature au moyen de marionnettes hyper-réalistes.
Quoi de neuf ? Molière
Toujours déjà d’actualité, les « classiques », eux-mêmes, innovent. Commençons par signaler cette Antigone de Sophocle, création du Théâtre national de Palestine en tournée exceptionnelle mise à l’affiche du théâtre Jean-Arp à Clamart et du théâtre Firmin Gémier- La Piscine. Assurément un des événements de la saison. Trois œuvres de Shakespeare sont également à redécouvrir. La Tempête mise en scène par Philippe Awatt est à l’affiche de l’Avant-Seine à Colombes, du théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses et du théâtre Firmin Gémier-La Piscine. Incontournable. As you like it mis en scène par Cendre Chassanne, truffée d’effets, de changements de décors, dans une mise en scène anti-conformiste, traque les faux-semblants et monte sur les planches du théâtre Jean-Arp. Hamlet porté par Daniel Mesguish s’invite sur le plateau du théâtre Jean-Vilar à Suresnes. Quant à Molière, plus que jamais, il tient le haut de l’affiche.  Tartuffe inspire le metteur en scène Éric Lacascade et ouvre la saison aux Gémeaux. À Suresnes, un autre Tartuffe, celui de Monique Hervouët est programmé au printemps. Sur ces mêmes planches, celles du théâtre Jean-Vilar, Alain Gautré, dont on connaît le talent d’acteur et de metteur en scène lorsqu’il s’applique notamment aux pièces de Molière, montre un Malade Imaginaire. À Malakoff, place à L’Ecole des Femmes mis en scène par Jean Liermier. Au théâtre Firmin Gémier-La Piscine, René Loyon montre, quant à lui, Dom Juan. Au Théâtre de l’Ouest parisien (TOP), trois courtes pièces du dramaturge, L’Amour Médecin, Le Mariage Forcé et La Jalousie du Barbouillé forment, aux yeux du metteur en scène Claude Buchvald, triptyque. C’est La Folie Sganarelle. La même scène invite au printemps Marc Paquien à présenter ses Femmes Savantes.
Des coups de cÅ“ur subversifsÂ
On ne s’étonnera pas non plus de l’intérêt que porte la génération de metteurs en scène contemporains à Victor Hugo. Et quand il s’agit de Christian Schiaretti, directeur du TNP de Villeurbanne, tout s’éclaire. Porté à ses yeux, par l’intention « du dépassement de la fatalité sociale, de la transmutation des valeurs et de l’espérance d’un progrès historique », Ruy Blas, sa nouvelle création, est à découvrir aux Gémeaux en janvier, une première en Île-de-France. Par ailleurs, trois autres théâtres du département, à Rueil-Malmaison, à Boulogne et à Châtenay-Malabry programment Tempête sous un crâne, pièce unanimement saluée par le public et la critique et adaptée des Misérables. Côté coups de cœur et subversion, signalons encore quelques beaux moments de théâtre mis en perspective cette saison. Au théâtre Nanterre-Amandiers, on attend avec beaucoup d’envie ces trois spectacles venus d’Europe de l’est dont, notamment, Korijolznusz, d’après la tragédie de Shakespeare, Coriolan. La pièce montée par une jeune et enthousiasmante troupe de Budapest portée par l’ambition d’inviter le spectateur à réfléchir sur la question du vivre ensemble. De ce Dario Fo au sommet de la farce politico-sociale, Klaxon, trompettes et pétarades, mis en scène par Marc Prin, à l’affiche à l’Avant-Seine et au théâtre des Sources, on peut se délecter d’avance. Comme aussi de ce Repas des Fauves repris par le théâtre André-Malraux et le TOP ou encore de cet Hanokh Levin, Tout le monde veut vivre, à Suresnes en novembre. Dans cette lignée, subversive, la tragédie baroque signée du contemporain de Shakespeare, John Ford, Dommage qu’elle soit une putain devrait permettre d’atteindre des sommets sur le plateau de Sceaux. Montée par le metteur en scène de renommée internationale, Declan Donnellan, la pièce sulfureuse ouvre les vannes à une violente critique politique et sociale fustigeant le dogmatisme, la corruption et l’hypocrisie.
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Auteur : Marie-Emmanuelle Galfré
mis à jour le 28 juin
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