Choix de la pierre comme matériau privilégié, méfiance envers le béton « brut », refus de la préfabrication lourde, l'architecture de Fernand Pouillon témoigne qu'une alternative existait à la construction des grands ensembles des Trente Glorieuses.
Choix de la pierre comme matériau privilégié, méfiance envers le béton « brut », refus de la préfabrication lourde, son architecture témoigne qu'une alternative existait à la construction des grands ensembles des Trente Glorieuses.
Lorsque Fernand Pouillon s'installe en région parisienne à la fin des années 50, il est déjà le mouton noir de l'architecture française. C'est lui qui contre André Leconte, architecte en chef de la ville de Marseille, avait sauvé, lors de sa reconstruction, le Vieux Port du désastre. Du triste programme HLM imaginé par Leconte, Pouillon obtint, de haute lutte, l'essentiel : pouvoir redessiner les façades sous la tutelle d'Auguste Perret.
À Paris, il fonde sa propre société immobilière. "Je proposai d'appeler celle-ci Comptoir du logement, raconte-t-il dans ses mémoires. Pourquoi ? Parce que j'avais la certitude que cette denrée si rare à Paris serait bientôt à la portée de tous, donc achetable au comptoir comme un paquet de cigarettes. Je développai mon programme devant les futurs collaborateurs : 2 % de frais de gestion ! 8 % de marge et de bénéfice ! Des honoraires faibles ! La méthode de construction de 30 % à 40 % la moins chère de France ! Le bonheur pour tous ! La beauté pour rien !"
La résidence Buffalo à Montrouge sera l'une des deux premières opérations réalisées par le CNL avec la résidence Victor Hugo à Pantin, toutes deux construites dans un laps de temps exceptionnellement court. Alliance de bâtiments hauts (sept étages) et de bâtiments plus bas (trois et quatre étages), elle est construite en pierre calcaire et tient son nom du stade Buffalo, célèbre arène sportive de l'avant-guerre dont Pouillon avait obtenu le déclassement et la destruction.
Ces premières constructions achevées, il allait désormais pouvoir se consacrer pleinement à son grand œuvre : la résidence du Point du Jour à Boulogne, sur des terrains libérés par les usines automobiles Salmson. Quatre pages publicitaires dans Paris-Match vantent, en 1958, le confort proposé par cette nouvelle "ville lumière" à "10 000 Parisiens". "On se bousculait pour acquérir ces merveilleux appartements, se souviendra plus tard Fernand Pouillon, 5 000 visiteurs défilaient chaque jour."
À l'entendre, pour le Paris des promoteurs, celui qui a cassé les prix serait alors devenu l'homme à abattre… La faillite du CNL, en 1961, l'entraînera dans sa chute. Incapable de poursuivre le projet alors qu'il a déjà vendu une partie des logements par souscription, Pouillon est incarcéré à Fresnes le 5 mars 1961. Le chantier du Point du Jour est alors repris par la SCIC, une filiale de la Caisse des dépôts tandis que l'architecte paria devient la proie des tabloïds, de son évasion de la maison de santé de Ville-d'Avray en septembre 1962, à sa reddition en mai 1963.
La ruine du CNL l'empêchera aussi de terminer un autre programme mené de front aux côtés de l'ancien maire d'Alger, Jacques Chevallier. À Meudon-la-Forêt, Pouillon se contente d'être l'architecte. Les bâtiments aux façades en pierre de Fontvieille qu'il imagine se disposent autour d'un bassin rectangulaire inspiré de ceux de Versailles. Deux petits centres commerciaux, pastiches de fermes et de moulins avec arcades en pierre et toitures en tuiles et en ardoise évoquent un disneylandesque passé rural. Le succès fut, là encore, considérable : "Comme rue Quincampoix, les souscripteurs signaient par centaines chaque jour, de six heures du matin à vingt-trois heures."
"La résidence "Le Parc" est parmi les grandes opérations de Pouillon situées en région parisienne, celle qui ressemble le plus à un "grand ensemble", observe l'architecte Jacques Lucan. Longtemps mal reliée au réseau de transport métropolitain, elle en connaîtra au début certains travers. Pour beaucoup de pionniers, Meudon-la-Forêt sera quand même la "cité heureuse" que son concepteur voyait comme "le seul grand ensemble où la vie soit encore gaie, où les humbles sont traités en rois…"
Auteur : Rafaël Mathieu
mis à jour le 26 May
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